Le récit de la servante Zerline
Publié le 18 décembre 2010
La servante connaît la vie intime de ses maîtres. Elle voit et juge ce qui se passe à l’intérieur d’une famille et qui reste caché pour les étrangers au clan. Les apparences ne résistent pas à la réalité.

Zerline est femme robuste. Sa présence est forte, physiquement et moralement. Elle est l’œil et l’oreille : ce qui se passe dans son métier de subalterne est passé au crible de sa perception impitoyable. Mieux : sous une feinte soumission se cache un vrai pouvoir de manipuler ses patrons, notamment les hommes, et donc de prendre une revanche sur un destin peu enviable.

Zerline est femme désirante. Elle affirme sa sexualité, sans pudeurs effarouchées, avec un appétit de vivre étalé au grand jour. Sans grand espoir de grimper dans la hiérarchie sociale, au moins a-t-elle envie de monter au 7è ciel.

Situé dans les années 1930, le texte parle aussi de la dictature, de la solitude, de la liberté. Il est confession intime nourrie de critique sociale et sociétale. Il est mis en scène dans un décor imposant qui rappelle les chambres de bonnes, sous les combles, inconfortables mais en position de mirador sur la maisonnée. Son plafond est percé d’un énorme trou qu’on imagine avoir été causé par un obus  ou quelque catastrophe naturelle (chute de météorite ?) ou humaine (séquelles d’une guerre ou de violences urbaines ?).

Il accueille Zerline (Marilù Marini) et un personnage plus jeune (Brice Cousin), peu loquace, davantage enclin à l’écoute qu’à la parole, à la fois faire valoir un peu neutre et stimulateur de confidences façon psy. La tension latente entre l’active, extravertie, débordante de vitalité et le passif, replié sur lui-même, nonchalant permet d’éviter le risque de la parole monopolisée des discours interminables.

Les petits jugent les grands

Rendre palpables les sentiments

Sur scène, un monologue, pour passer la rampe, doit être habité par son interprète. La parole doit être intégrée, maîtrisée sans hésitation ni tâtonnement. Mots et voix, émotion et simulation doivent fusionner jusqu’à devenir échange direct avec chaque spectateur, dans le secret des aveux comme dans les éclats des colères.

Marilù Marini donne ici l’impression d’être demeurée à l’extérieur. De raconter une histoire qui ne la concerne qu’indirectement. Son corps, dont on attendrait à ce qu’il exprime ses appétits, ne parvient guère à prendre possession de l’espace ni à traduire ses élans. Du coup, les phrases touchent à peine et la dernière réplique du personnage qui s’excuse avant de sortir, quasi à la sauvette, d’avoir ennuyé son interlocuteur avec ses bavardages et de l’avoir empêché de se reposer prend, elle, tout son sens.

Michel VOITURIER, Lille

Lille Du 08/12/2010 au 16/12/2010 à 20h je 19h dim 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Mortagne au Perche Le 21/01/2011 à 20h30 Carré du Perche 23 Rue Ferdinand de Boyères Téléphone : 02 33 85 23 00.. Site du théâtre Réserver   Boulogne-Billancourt Du 04/02/2011 au 06/02/2011 à 20h30 dim 16h Théâtre de l'Ouest Parisien 1 place Bernard Palissy Téléphone : 01 46 03 60 44. Site du théâtre Réserver   Marseille Du 10/03/2011 au 19/03/2011 à jeu ven sam 20h ma me 19h Théâtre de la Criée 30, Quai Rive Neuve 13007 Marseille Téléphone : 04 96 17 80 00. Site du théâtre Réserver   Luxembourg - Luxembourg Du 17/02/2011 au 18/02/2011 à 20h Théâtre des Capucins 1 Rond-Point Schuman Téléphone : +352 47 96 39 00. Site du théâtre Réserver   Bourges Du 07/04/2011 au 08/04/2011 à j 19h30 v 20h30 Théâtre Jacques Coeur 16 Rue Jacques Coeur Téléphone : 02 48 70 59 36. Site du théâtre Réserver   Colmar Du 12/04/2011 au 13/04/2011 à 20h30 Comédie de l'Est 6 route d'ingersheim Téléphone : 03 89 41 71 92. Réserver   Tarbes Le 19/04/2011 à 20h30 Le Parvis Réserver   Paris Du 12/05/2011 au 28/05/2011 à 15h 16h 19h 20h Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris Téléphone : 01 53 05 19 19. Site du théâtre Réserver  

Le récit de la servante Zerline

de Hermann Broch

Théâtre
Mise en scène : Yves Beaunesne
 
Avec : Marilù Marini, Brice Cousin

Texte français, collaboration artistique : Marion Bernède

Scénographie : Damien Caille-Perret

Costumes : Patrice Cauchetier

Lumières : Joël Hourbeigt

Son : Jean-Damien Ratel

Maquillages : Catherine Saint-Sever

Assistanat à la mise en scène : Marie Clavaguera Pratx

Durée : 1h20 Photo : © Guy Delahaye  

Production  : Compagnie de la Chose incertaine Yves Beaunesne

Coproduction : L’Apostrophe (Cergy-Pontoise),  Maison de la Culture (Bourges), Grand Théâtre (Luxembourg), Théâtre du Nord (Lille), Le Parvis (Tarbes), La Coursive.

Agent théâtral du texte: L’Arche