Critique - Théâtre - Lille
Le récit de la servante Zerline
Les petits jugent les grands
Par Michel VOITURIER
Zerline est femme robuste. Sa présence est forte, physiquement et moralement. Elle est l’œil et l’oreille : ce qui se passe dans son métier de subalterne est passé au crible de sa perception impitoyable. Mieux : sous une feinte soumission se cache un vrai pouvoir de manipuler ses patrons, notamment les hommes, et donc de prendre une revanche sur un destin peu enviable.
Zerline est femme désirante. Elle affirme sa sexualité, sans pudeurs effarouchées, avec un appétit de vivre étalé au grand jour. Sans grand espoir de grimper dans la hiérarchie sociale, au moins a-t-elle envie de monter au 7è ciel.
Situé dans les années 1930, le texte parle aussi de la dictature, de la solitude, de la liberté. Il est confession intime nourrie de critique sociale et sociétale. Il est mis en scène dans un décor imposant qui rappelle les chambres de bonnes, sous les combles, inconfortables mais en position de mirador sur la maisonnée. Son plafond est percé d’un énorme trou qu’on imagine avoir été causé par un obus ou quelque catastrophe naturelle (chute de météorite ?) ou humaine (séquelles d’une guerre ou de violences urbaines ?).
Il accueille Zerline (Marilù Marini) et un personnage plus jeune (Brice Cousin), peu loquace, davantage enclin à l’écoute qu’à la parole, à la fois faire valoir un peu neutre et stimulateur de confidences façon psy. La tension latente entre l’active, extravertie, débordante de vitalité et le passif, replié sur lui-même, nonchalant permet d’éviter le risque de la parole monopolisée des discours interminables.

Rendre palpables les sentiments
Sur scène, un monologue, pour passer la rampe, doit être habité par son interprète. La parole doit être intégrée, maîtrisée sans hésitation ni tâtonnement. Mots et voix, émotion et simulation doivent fusionner jusqu’à devenir échange direct avec chaque spectateur, dans le secret des aveux comme dans les éclats des colères.
Marilù Marini donne ici l’impression d’être demeurée à l’extérieur. De raconter une histoire qui ne la concerne qu’indirectement. Son corps, dont on attendrait à ce qu’il exprime ses appétits, ne parvient guère à prendre possession de l’espace ni à traduire ses élans. Du coup, les phrases touchent à peine et la dernière réplique du personnage qui s’excuse avant de sortir, quasi à la sauvette, d’avoir ennuyé son interlocuteur avec ses bavardages et de l’avoir empêché de se reposer prend, elle, tout son sens.
Michel VOITURIER, Lille










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