Critique - Jeune Public - Andrézieu-Bouthéon
La Gigantea
Une marionnette pour parler des enfants-soldats
Par Marie GERHARDY
« C’est un juste cri » explique Alejandro Nunez, le créateur de « La Gigantea ». « La marionnette permet de caricaturer, de montrer de manière comique un thème grave, de donner une sensibilité collective ». La Compagnie des Trois Clés a eu l’occasion de jouer sa nouvelle création cinq fois dans le cadre du Fita, avant de partir en tournée. Le spectacle entretient une réflexion sur deux sujets sensibles de la scène internationale, le partage de l’eau et les enfants-soldats, et gagne ainsi sa place dans le festival de théâtre action.
Makou vit avec sa mère dans une région désertique d’un pays inconnu en guerre. Jour après jour, ils parcourent des kilomètres pour trouver une source d’eau. L’enfant rêve de découvrir la Gigantea, une plante magique : là où elle prend racine, l’eau jaillit. Mais bientôt, il est enrôlé de force dans l’armée et devra apprendre à être soldat, perdant par la même occasion son innocence. Ce spectacle pratiquement sans parole s’inspire d’un conte africain et le transpose dans une réalité contemporaine.
Acrobates, marionnettistes… La beauté de cette création se situe à la confluence des divers artistes qu’elle réunit. Qu’ils soient Brésiliens, Chiliens ou Roumains, leur point commun semble être leur expérience de la dictature. Chaque geste est chorégraphié, dans les airs ou sur la terre, et les pantins se meuvent avec précision et souplesse dans un halo de fumée. Le décor se transforme au fil de la pièce et chaque objet, plumes, tissus ou balais, est utilisé au maximum de ses possibilités. La bande son est particulièrement réussie. Le résultat est un spectacle tendre et poétique.

Cette fable a attiré de nombreux parents désireux d’offrir un moment de rêve à leurs têtes blondes. Pourtant, pas sûr que ce qui se passe sur scène soit réellement accessible aux plus petits. Même si les images, particulièrement celles mettant en scène la nature, parlent sûrement à l’imagination fertile des enfants, la légende de la Gigantea n’est pas très claire, et le public peut vite être perdu. Ainsi, les longs morceaux de tissus tendus comme une tente par-dessus la scène représentent peut-être les racines de la plante, grâce auxquelles tout refleurit.
De plus, les âmes sensibles peuvent être choquées par certaines scènes. Lorsque Makou, arraché à sa mère, tout frêle sous son casque trop grand, se fait frapper et cracher dessus parce qu’il n’apprend pas assez vite à devenir soldat, l’image est violente. Après la représentation, les enfants ont la possibilité de poser des questions aux artistes. Les réponses sont claires, simples, sans mensonges mais sans tuer l’imaginaire des enfants.
Eros Galvao, conceptrice du spectacle, explique à un petit : « Les enfants font la guerre pour survivre, mais aussi se réinsérer dans un groupe ». Les comédiens profiteront également de leurs séjours au Fita pour rencontrer collégiens et lycéens, participer à un débat sur l’accès à l’eau en compagnie de chercheurs ou sur le problème des enfants soldats en présence de l’Unicef, animer un atelier de manipulation de marionnettes avec un groupe de femmes d’un foyer de la région…
Marie GERHARDY, Paris










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