Critique - Spectacle musical - PARIS
Une Trompinette au Paradis
Boris Vian sur les nuages
Par Marie-Pierre CREON
Un sacré bonhomme, Jérôme Savary ! Ouais, on vous dit ! Une naissance à Buenos Aires, une enfance ponctuée par les verres frappés sur le zinc des cafés Rive-Gauche, une carrière artistique qui le conduisit de l'Opéra Comique à sa troupe du Magic Circus de Béziers. Ouais, un sacré bonhomme qui croisa la route du Che, transcrivait avec délectation sur son cahier de vacances les engueulades monumentales de Sartre et Beauvoir, et surtout fût marqué par sa rencontre avec Boris Vian.
Accompagné par sa troupe et l'orchestre des "Franciscains Hot Stompers", Jérôme Savary recrée l'atmosphère d'après-guerre, l'époque où le jazz était un art nouveau, où l'on swinguait, où l'ami Henry Salvador se taillait des fous-rire avec son pote Boris... Pas de doute, "Une trompinette au Paradis" donne le groove. En véritable maître loyal, Jérôme Savary mène la revue avec la dextérité de son expérience de la scène. Chez lui, on rit autant que l'on pleure, on applaudit, on chante, on participe, ça balance, quoi ! Ouais, Jérôme, vous êtes un sacré bonhomme !

Du Talent, des Artistes et un Homme
Dès les premières minutes, on en prend plein les mirettes. Jérôme Savary a l'art de réveiller son public, tout enfoncé qu'il soit dans la torpeur d'un spectacle joué en matinée ! Pourtant, le pari n'est pas gagné d'avance, car dans les rangs, des vieilles dames coassent, soupçonneuses : "...trompinette, trompinette... Je ne sais pas pourquoi, mais ce mot ne me plait pas...". Mais tout s'envole quand le grand Jérôme apparaît, borsalino éternellement visé sur la tête, costume de scène et, en digne provocateur libertaire, vrai cigare à la bouche.
Sur les planches on s'active : le formidable orchestre des "Franciscains Hot Sampers" donnent le ton, Savary enchaîne les anecdotes sur Boris Vian, sur sa propre jeunesse à Saint-Germain-des-Prés, nous livre une parodie drolissime du couple Sartre-Beauvoir en pleine crise conjugale... Il faut dire que Jérôme Savary a eu une vie tellement extraordinaire, que ce témoin d'une période unique dans l'histoire artistique, qu'on l'écoute raconter avec art, sans aucun narcissisme de sa part, ses rencontres avec ce qui fit le Paris Rive-Gauche.
Et puis, il y a bien sûr le poète, Boris Vian, ses textes où les larmes ("J'voudrais pas crever les yeux ouverts") côtoient le rire ("Le Blues du dentiste") ou encore le grand n'importe quoi emprunt de dadaïsme. Sur scène, des artistes se plaisant à être tour à tour Che Guevara, une chanteuse de jazz glamour, les Frères Jacques...
La véritable surprise du spectacle est Nina Savary. Enfant de la balle, il est rare d'affirmer, sans flagornerie, que son talent s'affirme avec le temps. Ayant étendu son répertoire vocal, elle fait une merveilleuse performance, se glissant dans des rôles extrêmement variés que lui impose le rythme trépidant de cette trompinette. Son interprétation de la lettre du "Déserteur" demeure un grand moment d'émotion.
Pétillant, émouvant, magique, irrévérencieux, "Une Trompinette au Paradis" est une réussite en tous points, un remède à s'offrir absolument par ces temps de crise et de grisaille ! Du début à la fin, Jérôme Savary entraîne le public dans son univers féérique. Et les ancêtres méfiants qui coassaient sont désormais perchés sur leur fauteuil, applaudissant à tout rompre. Oui, Monsieur Savary, vous êtes bel et bien un grand bonhomme !
Marie-Pierre CREON, Paris










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