Pas de doute, Clothilde, "La Parisienne", est sur tous les fronts ! Maîtresse de maison, et accessoirement épouse d'un petit bourgeois courant après l'ascension sociale, elle complote, s'appuie des amitiés intéressées, intrigue encore et encore pour aider son cher Du Mesnil à grimper toujours plus haut ! Et, comme on fera dans le classique, cette parisienne est aussi la maîtresse tout court du meilleur ami de son mari, un certain Lafont. D'une jalousie possessive, ce dernier n'accepte pas leur rupture, siégeant tel un pâle Roméo devant la fenêtre de Madame. Que ce soit pour évincer son amant une bonne fois pour toute, ou pour accélérer la carrière de son époux, le dialogue et l'esquive commanderont l'action.
D'emblée la note est donnée par le chromatisme gris-bleuté du décor et par les tons sourds de la tournure de Madame. Nous sommes dans un intérieur bourgeois, parisien. Cheminée de marbre, meubles rococo comme il faut, lumière d'hiver. Au milieu de cela, une dispute d'amants qui ne se comprennent plus. Rien de comique dans tout cela, juste un long dialogue qui relève autant du ping-pong verbal que de la guerre de position. C'est sans complaisance, un peu pesant, à l'image de son auteur, Henry Becque, écrivain dit "naturaliste" qui signa la très sombre pièce "Les Corbeaux". On osera dire que "La Parisienne" n'est pas une pièce facile car éminemment bavarde, où l'on tourne un peu en rond, hélas.

Une logorrhée symptomatique
Mais dans les méandres de la scène, un bien sombre salon parisien (on notera un beau travail autour du décor avec un jeu de couloirs/miroirs), il y a l'énergique Barbara Schultz. C'est toujours un plaisir de la voir en scène, et il est vrai qu'elle apparaît là où on l'attendait le moins. On ne lui fera pas l'injure de la regretter dans des rôles plus "pétillants" ("En toute confiance", "Pygmalion"), car la dimension de ce rôle de bourgeoise en rond-de-cuir (toute maîtresse qu'elle est, Clothilde est politiquement du côté des conservateurs et des moralistes) nous permet de voir combien son jeu a gagné en maturité, que le registre de la gravité lui va à merveille. Face à un Didier Brice impeccable, parfait en mari trompé gardant une ambiguïté sur la conscience de son cocufiage, et un Jérôme Kircher idéal en amant maladroit, le trio fonctionne. Pourtant, il arrive que l'on soupire un peu pendant ces longues élucubrations. Car, le salon de Madame est le dernier où l'on cause avec, on doit le reconnaître, une certaine logorrhée...
La faute n'en revient pas à Didier Long qui a monté une pièce difficile d'accès car un peu poussiéreuse, mais à une écriture sans fin, un salon d'où l'on ne sort jamais et où l'on étouffe entre les tentures. Si un peu d'humour vient éclairer tout cela, traînant des situations cocasses allant crescendo, il manque le brin de folie nécessaire pour s'échapper de cette inertie. Inertie tout de même voulue par Henri Becque pour souligner le statu-quo auquel sont condamnés jusqu'au bout les personnages. Nous aussi.
Marie-Pierre CREON, Paris










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