Le propre de l'homme
Publié le 2 septembre 2010
Un enseignant donne sa dernière heure de cours. Il a décidé de donner à ses élèves spectateurs une leçon de vie à partir du langage. Il mêle érudition, discipline, nostalgie.

Il surgit au milieu d’un bric-à-brac de classe à l’ancienne. Il a la voix forte et grave, de celles qui forcent à l’écoute. Il impose sa présence par sa prestance. Il se place d’emblée dans une incertitude qui ne sera jamais vraiment levée. Jacques Viala est l’auteur du texte. Jacques Viala est l’interprète. Jacques Vialla a été prof.

Ce qu’il dit est-il autobiographique ? Ce qu’il joue est-il fiction ? Impossible de trancher. Surtout que dans la réalité, un bon enseignant est aussi et d’abord, devant sa classe, un comédien qui fait son numéro pour conserver l’attention des étudiants. Toujours est-il que Viala campe un idéal, son idéal, celui d’un professeur modèle tel qu’il en a rêvé.

Ce personnage aime la langue et pense qu’elle est davantage le propre de l’homme que le rire. Il en profite pour en faire profiter ses ouailles. Il en profite pour se faire plaisir. Il cherche à faire passer sa jouissance. Il a conscience de ses connaissances et n’hésite jamais à étaler son érudition. Il dresse le portrait d’un éducateur d’autrefois, du temps où l’école avait du poids dans une société normative et où le maître était respecté puisque respectable.

Nous sommes assez loin de Liliane Wouters et de sa « Salle des profs » où se lisait toute l’inquiétude des instituteurs face à leur métier mal aimé. Nous sommes très loin du pédagogue de Jean-Pierre Dopagne, « L’Enseigneur », qui a pété les plombs en flinguant une classe insupportable.  Plus loin encore de cette critique caustique de l’éducation nationale qui donne son éclat à « Silence dans les rangs » de Pierre Mathues.

L'éloge du passé

Ce retour vers un passé très antérieur à aujourd’hui donne la gênante impression d’être en présence d’une réincarnation de Sacha Guitry embarqué dans un de ses longs monologues que, dans presque chacune de ses pièces, il se destinait à lui-même. Le ton de voix de Viala, son phrasé rappellent d’ailleurs un peu ceux du vieux maître du théâtre de verbiage.

Comme lui, il se complaît à user de ses acquis culturels. Il sort sans cesse des citations empruntées à des auteurs variés. Il ne craint pas d’accumuler les ‘bons mots’, voire les calembours. Comme lui, il s’engage dans des lieux communs habillés du clinquant d’un français superbement maîtrisé. Comme lui, il termine avec une conclusion aux accents moralisateurs et suscitant l’émotion superficielle de la larme à l’œil.

Cela dresse finalement un portrait très nostalgique dont la réalité est sans commune mesure avec le profil que devraient avoir les enseignants d’aujourd’hui. Ceux qu’on bombarde de réformes pédagogiques contradictoires. Ceux à qui on demande de remplacer la famille et la société. Ceux qu’on a découragés et qui n’attendent plus l’âge de la retraite pour donner leur ultime cours.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Thoricourt (Silly) - Festival Théâtre au Vert - Belgique Le 25/08/2010 à 18h00 Le Guinguet 30 rue de Silly Site du théâtre Réserver  

Le propre de l'homme

de Jacques Viala

Théâtre
Mise en scène : Eric De Staercke
 
Avec : Jacques Viala

Production: Centre culturel des Riches-Claires

Durée : 1h15 Photo : © Alain Trellu