Le troisième ange
Publié le 1er septembre 2010
Les retrouvailles improbables d’un fils happé par l’extrême-droite et de son père au passé trouble donnent lieu à un jeu théâtral sur les conventions scéniques. Une écriture ludique sur fond de gravité.

Un trio de comédiens explique ce que chacun va jouer, comment ils se répartissent les rôles. C’est une clarification distanciatoire qui entre bien dans la tendance actuelle à travailler avec des mises en abyme. D’autant que, en ce qui concerne l’histoire, elle sera en partie racontée par l’un ou l’autre des protagonistes comme une sorte de voix off au cinéma, de résumé de ce qui n’est pas montré sur scène. Parfois aussi en tant que commentaire du scénario ou du travail d’acteur.

Le papa de Diego n’a pas renoncé à l’espoir de revoir son fils, fugueur au long cours. Celui-ci, après des années d’absence revient en ville, poches vides. Il croise Pascale, journaliste, qui lui prête un peu d’argent, puis l’héberge. Elle est la partenaire de bistrot du père et ignore l’identité du fiston.

 

Le quatrième mur pulvérisé

Un chassé croisé d'identités

La pièce tourne autour de l’oubli. Le paternel cherche à effacer une tuerie à laquelle il a participé en Afrique. Diego cherche à oublier un passé de soumission à un leader d’extrême-droite flamingante et les promesses qu’il a faites à son hôtesse provisoire. Mais la pièce tourne aussi autour de la peur. Celle qu’on a de se découvrir tel qu’on est plutôt que d’être devenu ce qu’on aurait aimé être. Celle de continuer à jouer les victimes au lieu de prendre sa vie en main ou celle de devenir bouc émissaire à la place des vrais responsables.

L’œuvre est potentiellement riche. Elle est un peu forcée par la conjonction des hasards qui font converger les personnages les uns vers les autres. Elle ne parvient pas toujours à éviter l’artifice qu’induit le jeu dans le jeu, parti pris qui finit par prendre la place du contenu. Et, du coup, tourne court au profit d’une certaine virtuosité d’écriture.

Thierry Hellin mène avec brio l’orchestration de ces partitions enchevêtrées de personnages et d’actions. Sébastien Bonnamy et Céline Delbecq le suivent, cherchant des sincérités diverses aux créatures qu’ils investissent. Sans éviter quelques moments de confusion.

Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy

Huy - Huy 2010 - Rencontres Théâtre Jeune Public - Belgique Le 18/08/2010 à 11h30 - 16h00 Salle de l’École normale Avenue Delchambre Téléphone :  00 32 42 37 28 80 .  

Le troisième ange

de Luc Dumont

De 14 à 18 ans Jeune Public
Mise en scène : Luc Dumont
 
Avec : Sébastien Bonnamy, Céline Delbecq, Thierry Hellin

Costumes : Dominique Thonnart

Eclairages, régie : Fred Limbree

Scénographie : Luc Dumlont, Luigi Baldassi

Durée : 1h20 Photo : © Yves Gabriel  

Production:  Zététique Théâtre