Aussitôt que l’humour s’applique à des choses graves, il a tendance à devenir noir. Chez Karl Valentin, il prend aussi les couleurs de l’absurde. Ses textes adorent jouer avec la rigueur des raisonnements rationnels pour les tourner en totale dérision car ils en démontrent les failles. C’est fort drôle, relativement caustique et préfigure Eugène Ionesco, Roland Dubillard ou Raymond Devos.
Et ce d’autant plus que c’est interprété par un Eric Drabs faussement naïf, qui assène ses vérités avec un aplomb désarmant. Les autres protagonistes ne sont pas en reste. Le chef d’orchestre Patrick Waleffe n’hésite pas à se comporter en mini-dictateur et à asticoter ses partenaires, la chanteuse Marie de Roy qui ne craint pas le mime et la pianiste Danièle Du Bosch qui donne la fausse impression d’être d’un autre âge.
Les gags ne manquent pas, visuels ou langagiers. Ils donnent une tonalité humoristique qui contraste avec la nostalgie des chansons extraites de « L’Opéra de quat’sous », de « Mère courage » ou d’autres pièces de Brecht. Car l’époque est avant tout celle où la guerre se prépare avec son cortège de chômeurs, de filles n’ayant d’autre instrument de travail que leur corps, de soldats pas vraiment volontaires pour une boucherie qui ne serait pas moins sanglante que celle de 14-18.
La réalisation de la Cie pour Rire prend corps dans la tradition du théâtre réaliste avec ses décors, ses accessoires, ses costumes, ses maquillages fidèles à l’image historique qu’on en a conservé. Elle fait appel à des comédiens chevronnés qui ont aussi une pratique solide de la musique. Les personnages qu’ils campent sont typés selon les normes suscitant entre eux des tensions qui, à défaut d’une intrigue à rebondissements, entretiennent l’intérêt dramatique de leur confrontation.
Le cabaret est un lieu d’amusement. Ce qui s’y passe est de cet ordre-là, même si le contenu des couplets contient un arrière-plan de critique sociale. Unique élément à suggérer que le monde qui l’entoure est en voie de belligérance : les tremblements secouant à intervalles irréguliers le bâtiment et le clignotement inquiétant de l’installation électrique.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy












