Critique - Jeune Public - Huy
Ceux qui courent
Rien ne sert de courir si le monde est mal parti
Par Michel VOITURIER
La première partie du spectacle est rythmée, drôle, pétrie de trouvailles. Les conférenciers – à peine installés dans leur rôle de prophètes sérieux, scientifiques, théoriciens – voient leur environnement se déglinguer. Ils se retrouvent bloqués sur un espace exigu où ils devront survivre. Bien entendu, il n’est pas facile de cohabiter dans une promiscuité agaçante.
Deux hommes, une femme tentent donc de se répartir des centimètres carrés, de se partager la bouteille d’eau qui a échappé à la catastrophe. Les échanges sont vifs, comiques, irrésistibles. Les moyens de choisir finissent par laisser à l’aléatoire du jeu le soin de décider à leur place. Fini la réflexion rationnelle, le calcul méthodique. Même lorsqu’il s’agit de savoir qui se sacrifiera.
La seconde partie bascule vers autre chose. Il s’agit de trouver une solution pour continuer à produire de l’énergie sans réchauffer davantage la planète. La solution trouvée par un savant après des calculs complexes, aboutit à se servir de la main d’œuvre humaine à la façon des hamsters dans une cage où ils font tourner une roue avec leurs pattes.
Basée sur du visuel plus que sur du verbal, cette séquence se tire en longueur, répétitive, évoluant simplement vers un festival de grimaces de plus en plus accentuées. La performance physique des deux acteurs est réelle et donc pas vraiment théâtrale. La fin est soudaine, abrupte qui marque la clôture de la démarche de manière frustrante.
C’est d’autant plus dommage que l'intention annonçait que la pièce déboucherait sur une ouverture montrant que les valeurs humaines sont plus fortes que les dissensions, les bagarres, les injustices. Elle se résume ici par le simple et rapide échange entre les protagonistes d’une solidaire gorgée d’eau issue de la bouteille utilisée lors de l’acte 1. Du coup, la symbolique forte du bouquet de fleurs cajolé par un des conférenciers reste sans suite alors qu’elle aurait pu faire rebondir le message au-delà du seul plaisir de l’humour et au-delà la générosité du remarquable engagement corporel et vocal des comédiens.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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