Un roi s’endort, ayant oublié d’enlever sa couronne. Lorsqu’il se réveille, le lendemain, il a tout perdu hormis son couvre-chef. Il part à la recherche de son royaume et de ses sujets. Il pérégrine à travers les régions et rencontre des créatures avec qui il dialogue : un chat noir, une meute de chiens, des confrères royaux, deux fonctionnaires des douanes, un cerf prétentieux, une enfant qui connaît une chanson.
Au fil de son voyage, il est revenu à son point de départ, guère plus avancé. Il apprend que chacun a un jour pour être quelqu’un. Le lendemain, il exerce une autre fonction. Il échange sa couronne contre une casquette de capitaine. Il s’endort, le lendemain, son bateau a disparu mais il porte toujours la casquette.
Cette métaphore de l’existence, qui nous enseigne qu’on n'est pas ce qu’on a mais qu’on n'a vraiment que ce qu’on est et qu’il nous faut donc apprendre à être plutôt qu’à posséder, est traduite par un ensemble d’éléments qui donnent cohérence et harmonie à la représentation. Qui nous enseigne aussi que lorsque la fin est là, la vie reprend son cours et renaît, comme lors de cette scène finale où des couronnes de monarques déposées au centre, en une sorte de cimetière, sont recouvertes par des semences d’érables tombées du ciel.

Musiques, chants, chorégraphies, récit, dialogues en harmonie
Assis sur les gradins d’un petit chapiteau de proximité, les spectateurs sont en communion avec les interprètes. Des musiques à la fois savantes et populaires, nouvelles et nourries de traditions soutiennent les actions, les accompagnent, les soulignent, jouées par les comédiens eux-mêmes. Ceux-ci usent de leurs voix pour chanter mais aussi pour muser, fredonner, émettre des sonorités rythmées ou parfois incongrues. Cela fuse de toutes parts car le spectacle est partout, enveloppant, chaleureux.
Chaque moment renouvelle le précédent par des trouvailles qui sonnent justes. Et, si suggérer le merveilleux au théâtre est une entreprise délicate, rarement réussie, cette fois, le climat est évident comme dans les contes de l’enfance. Tout ici est délicat, éclairages, costumes, accessoires. Tout est présent sans ostentation permettant au rire le plus franc de cohabiter avec l’émotion d’assister à la fois à un testament artistique et à une communion presque charnelle avec des idées et des êtres.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy











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