Critique - Jeune Public - Huy
Madame Bovary
Un condensé pour personnages miniatures
Par Michel VOITURIER
Qui ne connaît l’histoire d’Emma, obsédée par l’idée de vivre un amour passionné comme dans les romans qu’elle a dévorés, qui se retrouve mariée à un veuf borné, insipide, dépourvu de la moindre ambition, avant de prendre deux amants et de se suicider parce qu’abandonnée par ses séducteurs. Cette victime du romantisme élevé à la dignité de mode de vie, cette asphyxiée du mariage bourgeois conformiste a suscité bien des commentaires et des émois.
La jeune compagnie Karyatides donne du roman de Flaubert un résumé où l’essentiel de l’intrigue est conservé. Ses raccourcis cheminent à travers les grands épisodes de la fiction. Seuls demeurent les personnages clés. Mais l’ensemble du travail conserve l’esprit de l’écrivain en l’assaisonnant d’un humour au second degré, surtout perceptible dans la bande son.
Celle-ci comporte un remarquable collage de musiques, de sonorités, de dialogues en voix off, de bruits. Le clin d’œil donné au spectateur-auditeur tient à l’emprunt à des chansons de crooners anglo-saxons, à des inserts ponctuant l’action comme la phrase « Prends garde à toi » extraite de la « Carmen » de Bizet, à une sélection éclectique de moments musicaux issus du répertoire. Sans compter que la manipulatrice des protagonistes, Marie Delhaye, dialogue avec elle puisqu’elle intervient aussi directement en jouant une partie du texte.

Un bijou fragile et précieux
Sur le mini plateau de ce théâtre lilliputien, des éléments de décors se plantent, disparaissent, font place à d’autres. Chacun suggère un lieu, une ambiance soutenue par des éclairages pointés pile. Une variété d’objets vient caractériser une situation, une action, un état d’âme. Tout cela surgit et s’esquive avec délicatesse, avec dextérité.
Un équilibre fragile existe entre le respect de l’œuvre originelle, son adaptation à aujourd’hui qui n’en rajoute pas même si perce une pincée d’irrévérence (Rodolphe, le premier amant, est en rocker !), le décalage qu’il y a entre des figurines et de véritables comédiens.
Les plaisirs sont panachés. Flaubert est là. Les passages attendus ne déçoivent pas : la célèbre scène du fiacre qui valut à l’auteur une condamnation pour obscénité est montrée en ombre chinoise dans un médaillon ; l’agonie d’Emma se suit à travers son étouffement dans le verre où elle but l’arsenic… La poésie naît des objets dignes d’une maison de poupées qui focalisent l’attention sur quantité de trouvailles fugaces, justes, réjouissantes.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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