Critique - Jeune Public - Huy
Le pays des manteaux sauvages
De quelle manière baptiser les personnes
Par Michel VOITURIER
L’une des deux femmes qui arpentent la scène, c’est « Fais-des-nœuds » ; l’autre, c’est « Pattes-de-héron ». En ces contrées, en effet, les noms attribués à chaque indigène racontent leur histoire. C’est ce contenu que les deux conteuses vont dévoiler en parlant d’elles mais également par exemple de « Bâton-hibou » ou « A-calmé-le-vent » ainsi que de quelques autres comme le garçon qui avait d’énormes oreilles, celui qui tricotait dans le ventre de sa mère, celle qui portait un manteau sauvage.
La narration se déroule. Elle n’évite pas la monotonie car le procédé s’avère finalement toujours similaire. Les détails changent ici ou là. Les actes accomplis avec de nombreux accessoires peuplent le plateau, le rendent habité. L’ensemble évolue cependant peu.
Le véritable intérêt de ce qui ressemble à une veillée d’autrefois, c’est qu’on y voit en action des processus de création de l’illusion au théâtre. Contrairement au cinéma, ce lieu et cet art n’ont nul besoin du réalisme pour convaincre de la réalité de ce qui se passe sur les planches, entre coulisses et cintres.

Artifices et imaginaire
L’automne ? Il suffit de répandre quelques feuilles mortes et de changer la couleur des gélatines de projecteurs, voire d’en diminuer l’intensité. L’hiver ? Qu’un protagoniste lance des billes blanches en polystyrène et la neige vient recouvrir êtres et choses. La forêt ? Un étalement d’arbres stylisés, certes, mais aussi tous ces bruits qui s’y produisent, imités à la bouche ou au moyen de sifflets. Le gravier qui crisse sous les pieds ? On enfilera des chaussures nanties d’un sac en plastique empli d’éléments bruissant à chaque pas. Les bourgeons du printemps ? Quelques pinces à linge vertes accrochées aux branches d’un buisson. Le feu ? Une pierre, sur laquelle on souffle en manipulant baguettes et écorces simulant le bruit des bûches qui crépitent et en posant une bouilloire sur elle…
Le miracle du théâtre, parce qu’il est un spectacle vivant, c’est justement que l’artifice est naturellement accepté par le spectateur. Si bien que même si l’effet spécial est accompli à vue, son résultat continue à rester crédible, à agir sur l’imaginaire, à conforter l’homme dans son besoin de merveilleux.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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