Critique - Jeune Public - Huy
Djibi.com
Les tourments affectifs de l’adolescence
Par Michel VOITURIER
Djibi aurait voulu confier à Stéphanie son attirance vers elle. Il a loupé l’occase, par peur des réactions des copains qui préfèrent leur bande de mecs à la compagnie des filles. De retour chez lui, il râle sur sa lâcheté. Dans sa chambre, entre son attirail de DJ, son lit à étage, son panier de basket, son fauteuil-sac malléable, il s’abandonne à être lui-même. Comme n’importe quel ado quand personne n’est là pour l’espionner, quand rien n’empêche de se montrer tel qu’on est.
Et comment qu’il est, Djibi ? Impulsif, saisissant la pulsion de l’instant. Contradictoire, faisant et disant le contraire un rien plus tard. Impatient, avec un cerveau zappeur d’idées à l’infini. Rêveur, s’imaginant « technoking » célébrissime ou héros triomphateur d’épreuves fabuleuses autant que fabulées. Déçu par un père routier qui passe sa vie dans son camion à l’étranger, jamais présent quand il a besoin de lui. Agacé par une mère et une sœur qui comptent trop sur lui. Frimeur parce que les potes, c’est un défi permanent. Fragile à cause de ses doutes, de ses incertitudes, des contradictions des grandes personnes avec leurs conseils moralisateurs bourrés de poncifs qu’elles ne parviennent pas à suivre. Lucide dans ses jugements sur autrui, sur sa propre conduite.
De l’enthousiasme délirant au ras-le-bol découragé, de l’audace inoxydable à la fuite stratégique, il se situe au milieu de deux options : vivre sa vie ou la désirer. Pas cool de se trouver des modèles sans faille, de se donner des valeurs à quoi s’accrocher. C’est touchant et fraternel, évident et inattendu, véridique et pourtant soigneusement élaboré.

Un théâtre élaboré et vrai
Luc Dumont a écrit un texte proche du langage parlé actuel des jeunes. Il a construit une mise en scène, associée aux éléments chorégraphiques de Mélody Willame, qui tient compte de tous les composants de son personnage. Il alterne avec perspicacité les moments parlés et les silences porteurs de sens, les séquences de fébrilité et celles d’apathie ou de décompression. Il s’approprie tout l’espace scénique de façon naturelle et équilibrée, donnant au plateau, en ses trois dimensions, de quoi rendre attrayante la réalité théâtrale.
Julien Collard ne joue pas Djibi. Il est Djibi par ses mimiques, ses gestes, ses voltefaces. En même temps, il habite son rôle de toute la technique vocale et corporelle qui est la sienne. Ce qui se concrétise, par exemple, lorsqu’il décline selon toutes ses possibilités de sentiments : « T’as déjà embrassé un DJ ? »
L’énergie est visible qui rend ce personnage littéraire proche du public qui le regarde. Un théâtre miroir, en quelque sorte, mais dépouillé de la moindre démagogie, de toute outrance provocatrice. Comment ne pas être séduit, émotionnellement et intellectuellement ?
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









sur DailyMotion


