La catastrophe absolue pour une famille : une mort d’enfant. Que peuvent faire les deux sœurettes, Lucie et Léa, quand la mère s’englue dans une douleur dévastatrice, quand le père est absent de l’histoire, quand personne ne répond à leurs interrogations ?
La réponse au vide de la disparition d’un être aimé, au vide de la carence des adultes, les gamines vont la construire à leur façon. On se rappelle ce classique du cinéma français, « Jeux interdits » de René Clément, dans lequel deux enfants se fabriquent avec innocence un cimetière bien à eux. Ici, les fillettes viennent sur les tombes pour tenter de renouer un dialogue avec Eliot leur frère décédé. Elles ont le désir de comprendre, surtout la cadette, éloignée de l’enterrement parce que considérée trop jeune.
Avec un ton de dérision protectrice contre la douleur, l’aînée lui mime sa caricature des cérémonies funèbres, des personnes défilant avec leurs condoléances. La petite joue avec les autos du frérot, elle essaie de déterrer le cercueil. Toutes deux décident d’embellir tous les tombeaux abandonnés sans soin par les héritiers. Elles sont tiraillées entre leur solitude et leur besoin d’agir en transgressant les règles apprises. Elles font aussi connaissance avec Gaëlle, la marginale qui hante les allées, raison égarée, parlant avec les défunts, délirant avec l’au-delà, attentive à apporter aux disparus de petites attentions personnalisées, agressant les visiteurs par des comportements peu sociables.
« Debout ! » évite tout sentimentalisme larmoyant, se gare d’une émotivité susceptible de gommer une réflexion à propos des réactions enfantines aux problèmes psychologiques, spirituels, familiaux, scolaires posés par la fin de la vie. Le port de masques de commedia dell’arte par les comédiennes est un premier signe distanciateur. Le retrait en bord de scène, dos tourné, des personnages lorsqu’ils n’évoluent pas dans l’action en est un deuxième. Enfin, le texte avec ses réflexions enfantines spontanées, les gags visuels rompent à leur tour les réflexes émotionnels.
Le spectacle, réalisé avec tact, n’est pas sans risque. Montrer deux comportements négatifs de mère privée d’un enfant – l’une longtemps enfermée en sa douleur, l’autre réfugiée dans une sorte de folie – réduit considérablement les attitudes possibles. Éviter d’évoquer la figure d’un père supprime en partie le rôle parental. Il s’avère donc que la représentation doit être accompagnée d’animations, de discussions postérieures afin de la confronter avec le vécu des enfants spectateurs. Même si les ultimes répliques débouchent sur le retour à une certaine sérénité.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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