La Cie En Marge met en scène une expérience située entre téléréalité et expérience scientifique. Sous la supervision d’un praticien en blouse blanche, un homme, Julien Piron, est supposé être licencié de son entreprise. Il la quitte en empochant des indemnités substantielles. Sûr de lui, de sa valeur marchande, il ne s’inscrit pas au chômage, part même en villégiature luxueuse.
Mais le travail tarde à venir à lui. Il fait la fine bouche quant aux salaires proposés. Le voici peu à peu privé d’amis ou plutôt de relations, expulsé de son appartement dont le loyer est devenu trop cher. Il vit un moment chez son père avant de devenir S.D.F.
Il commencera à remonter la pente, par amour pour une fille, petit à petit, non sans rechutes. Mais lorsque l’expérience à laquelle il s’est volontairement soumis se termine et qu’on lui offre de reprendre sa vie de consommateur d’autrefois, il refuse, préférant gagner moins et être avec celle qu’il aime.
Une démonstration rationnelle
Ce type de théâtre se veut résolument engagé. Sa démarche est louable et utile. Mais elle perd de son efficacité à cause d’un didactisme trop poussé. Chaque épisode de l’histoire de Julien est prévisible, longuement expliqué, commenté et joué. La fin apparaît même plutôt moralisatrice avec son désir de démontrer à tout prix que l’argent ne peut pas assurer le bonheur.
L’œuvre n’échappe pas à une certaine monotonie malgré quelques heureuses trouvailles de mise en scène. Celle de la présence du percussionniste Frédéric Malempré insère des bribes de musique vraiment contemporaine et dialogue avec le personnage titre. L’usage d’un siège télescopique permet de visualiser l’humiliation ; un verre d’eau matérialise la douche froide des aléas de la déchéance ; l’usage d’un maquillage à vue illustre la transformation du citoyen normal en repoussé social…
Jean-Louis Maréchal endosse avec conviction les états d’âme d’un être conduit à devenir une sorte d’objet inutile et rejeté. Christophe Kauffman silhouette une série d’autres protagonistes dont un directeur d’école à la prudence administrative et au discours flou, un père préoccupé par son vieillissement et sa solitude. Cette réalisation a en tout cas le mérite d’être un message direct en guise de support à des débats à propos du travail, de l’assistance sociale, de la valeur des biens matériels, de la solidarité.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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