Publié le 18 août 2010
Les membres de l’Institut des Conditions Humaines présentent des échantillons de comportement afin que chacun puisse les comprendre et en tirer des conclusions sur la nature de l’homme. Ils le font en sillonnant espace et temps.

La pièce débute sur une présentation documentaire. Mais tout de suite, le sérieux de la démarche est contesté par une gestuelle artificiellement illustrative. Assez vite, le cas qui servira à la démonstration comportementale scientifique déjante comme il est fréquent dans une certaine forme de théâtre en Belgique.

Ce n’est pas vraiment du non sens, ni de l’absurde, ni de l’humour noir, pas davantage ce que l’usage populaire a pris l’habitude de désigner sous le vocable inadapté de surréalisme. C’est un décalage radical avec les apparences, avec la rationalité, avec la logique d’un récit. C’est une mise en éloignement du théâtre, de son fonctionnement, de son utilité, de sa tradition. Et en même temps, c’est une leçon de choses qui explique comment des conventions peuvent exploser et porter ainsi d’autres signes.

Les comédiens s’attribuent des rôles à jouer. Ils s’y collent avec plus ou moins de plaisir. Ils interprètent avec spontanéité ou selon les directives contraignantes de l’un d’entre eux. Alors, ils changent de personnages, passent du présent au passé et vice-versa, poursuivent la séquence commencée dans un lieu nouveau, y introduisent des protagonistes inattendus. Des objets symbolisent des êtres induisant une autre dimension aux images et aux significations. Avec des séquences sublimes comme cette marche de deux doigts gantés résumant l’humiliation publique d’un gamin par ses parents.

Cette succession d’actions et de paroles évoque à chacun des souvenirs de vie. Surtout ceux où la cruauté, la violence, l’exaspération ont provoqué ou traduit des frustrations : conduites des adultes vis-à-vis des enfants en vue de leur inculquer une éducation normative ; relations entre tenants d’un pouvoir et démunis soumis à l’arbitraire ; écart entre la conduite face à autrui et la misère psychologique intérieure…

Mettre le théâtre sens dessus dessous

Un foisonnement de mots et d’idées

Layla Nabulsi a écrit ses dialogues sur plusieurs degrés. Celui d’une langue musicale dans laquelle les échos sonores se répondent. Celui de l’intertextualité avec des emprunts, signalés ou insérés, à Lecomte de Lisle, Rimbaud, Aragon, Hismet ou Siefert. Celui des niveaux de langage étalés entre le châtié de la prétendue haute société et la vulgarité la plus plate via le codé des spécialistes d’une science ou d’une technique. Le jeu des acteurs explore des registres multiples, de la sobriété à l’enfance, du naturel au maniéré, du doux à la fureur.

Cette densité complexe fonctionne bien durant un moment. Le brassage des mots, des situations entraîne le spectateur vers et dans un grand délire jubilatoire croissant. Au bout d’un moment, une certaine lassitude s’installe. Trop d’éléments se télescopent. Trop d’événements s’entremêlent comme si l’auteure était prise au sein du vertige qui emporte personnages, phrases, gestuelle. C’est un peu trop long, un peu trop dispersé par un désir d’en remettre sans aller nécessairement plus loin.

Dommage ! La démonstration d’un théâtre mis en abîme, d’un parcours de pensée enrichi par ses complexités et ses paradoxes est un objet créatif passionnant. La concrétisation scénique d’une divagation réjouissante par des comédiens généreux et totalement impliqués donne du plaisir. Mais tel un plat trop riche, épicé à outrance, l’ensemble finit par ne plus avoir de goût voire à devenir indigeste.

Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy

Requiem pour un monde blessé
Huy - Huy 2010 - Rencontres Théâtre Jeune Public - Belgique Du 17/08/2010 au 17/07/2010 à 11h30 16h00 Salle de l’École normale Avenue Delchambre Téléphone :  00 32 42 37 28 80 .  

Requiem pour un monde blessé

de Layla Nabulsi

Jeune Public
Mise en scène : Layla Nabulsi
 
Avec : Tatiana Bielyszew, Nicolas Laine, Laura Van Maaren

Texte et mise en scène : Layla Nabulsi (avec des extraits de textes de Leconte de Lisle - Rimbaud Aragon - Nazim Hikmet - Louisa Sieferd)
Assistante à la mise en scène : Marie Bach
Scénographie : Olivier Wiame
Construction : Roby Comblain
Eclairage : Xavier Lauwers
Costumes : Françoise Colpé
Production : Une Cie
Coproduction : Les Terres arables

Durée : 1h15 Photo : © Valérie Burton