Niels, Alma, Francine et Chari emménagent dans le même pâté de maisons. Chacun est ravi de sa nouvelle demeure et prend possession de son territoire. Le premier est à dominante rouge, le deuxième orange, le troisième bleu et le dernier rose. Les voici - cela se remarque aux actions qu'ils miment - plongés dans la vie la plus quotidienne qui soit.
Puisqu'ils ne vivent pas vraiment seuls, il est indispesanble qu'ils prennent contact avec les autres. Ils se présentent et se saluent donc en allemand, en néerlandais, en charabia et en français. Personne ne comprend mais tout le monde devine. Tout va pour le mieux dans ce meilleur des mondes.
Quand il s'agit de demander un service, cela se complique un peu. Par exemple le 'ei' flamand qui veut dire oeuf s'entend en français comme 'ail'. Ce qui engendre des quiproquos. Mais bon, un peu de mimiques et de gesticulation et tout s'éclaire.
C'est franchement plus compliqué lorsque quelqu'un dépose sa poubelle devant la façade et cela pue. Aussi lorsqu'un locataire provoque un tapage nocturne. Ou encore lorsqu'un habitant jalouse la fleur plantée par une autre amoureuse de la nature. La tranquillité devient conflits, disputes, chamailleries. La vie n'est plus si belle. Le sommeil est agité, plein de cauchemars.
Heureusement, il y a la bonne volonté et les dictionnaires de langues qui permettent de communiquer. L'existence alors retrouve quelque sérénité. Des couples se forment qui décident de cohabiter ou d'émigrer à l'étranger où l'on parle autrement encore.

Une fable d'actualité
Le propos est simple, presque simpliste, à la portée des tous petits. La fable est claire en ces temps de querelles linguistiques en Belgique, de cohabitations délicates entre cultures importées et indigènes, de frictions entre pratiquants de religions concurrentes. Le message est à la solidarité et à la fraternité.
Son emballage est plaisant. Décor, costumes, accessoires vibrent de couleurs vives. Bruitages et musiques sont porteurs de rythmes allègres et joyeux. Les pantomimes sont drôles, parfois un rien trop caricaturales. Les comédiens sont dynamiques et pleins d'allant.
L'existence journalière défile, familière: lever, toilette, petit déjeuner, départ au travail, retour, souper, décompression, coucher. Mais chaque personnage a sa manière, son allure, son caractère. Et l'accumulation de petits détails variables ravive l'attention, nourrit l'inévitable monotonie des jours qui se ressemblent.
Le travail corporel est intéressant. Il prend parfois des allures de chorégraphie. Il donne l'impression à la fois d'une grande liberté de mouvements et d'une rigueur rythmique très étudiée. La banalité apparente des situations s'en trouve transformée et entraîne l'adhésion.
Michel VOITURIER, envoyé spécial à Huy









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