Le texte est inhabituel, particulier, singulier. Mohamed Mazari, qui interprête le rôle du père, en est tombé amoureux : "Xavier Durringer est un auteur que j'ai toujours aimé, pour son univers, pour sa plume. Lorsque j'ai découvert ce poème, je ne l'ai plus lâché" explique-t-il. Clea Petrolesi et Yoann Josefsberg, deux jeunes apprentis-troubadours avides d'expériences, ont été séduits par le projet. Les trois comédiens ont alors fait appel à Didier Delcroix, persuadés qu'il était l'homme qu'il leur fallait pour mettre en forme ce texte difficile d'accès. Homme de théâtre, habitué du festival, membre de la compagnie du Théâtre Uvol depuis longtemps déjà, le metteur en scène a longuement hésité: "L'écriture est très particulière, j'avais du mal à visualiser, à me projeter. C'était un véritable challenge", précise-t-il. Mais le goût du risque finit toujours par l'emporter : "Le propos m'intéressait. Et puis, il y avait ce ton, si décalé par rapport au reste de son oeuvre".
Montée au festival d'Avignon Off en 2009, au théâtre du Bourg-neuf, la troupe repart avec un goût d'inachevé. Pas de vente, peu de presse... Il fallait revenir. Surtout pour Cléa : "J'ai tanné tout le monde pour y aller ! Nous devions tenter une nouvelle fois l'expérience". Restaient les contraintes financières. "Ce n'est pas un spectacle qui nécessite beaucoup. Mais nous devions trouver une salle moins chère, convaincre la compagnie de nous suivre", se souviens-t-elle. Ce sera donc l'Atelier Théâtre Porte-Saint-Lazare. Un choix vite regretté. "Quand nous sommes arrivés, tout était en chantier. Pas de matériels, des gradins branlants, une peinture à moitié terminée. Le directeur avait mis son lit dans le sas. Nous avions négocié la location à 600 euros, plus la motié des recettes. Mais après tout ça, pas question de donner nos recettes!". Grâce à la mobilisation collective, à l'envie de jouer coûte que coûte, le lieu s'est transformée en théâtre autogéré - pour le plus grand bohneur des spectateurs. "Pour l'amour du théâtre, tout le monde a mis la main à la patte", s'enthousiasme Yoann.
Complicité, solidarité: une troupe est née
Entre les trois acteurs, une vraie solidarité est née. Cléa et Yoann se connaissent depuis la maternelle. Ils se sont retrouvés, plus tard, au conservatoire du 14ème arrondissement de Paris. Suite logique : l'envie de jouer, ensemble. Puis la rencontre avec la compagnie du Théâtre Uvol et le metteur en scène Dider Delcroix : "C'est lui qui m'a formé", remercie Yoann, l'air ému. Mohamed, le doyen, a un parcours atypique : "j'ai été travailleur social, pendant une vingtaine d'année. Puis, un jour, j'ai découvert le théâtre. Le virus m'a contaminé". Il a fallu prendre des décisions périlleuses, difficiles. Se former, aussi. "Je voulais être sur que ce métier voudrait de moi". Un choix qu'il ne regrette pas. Intermittent depuis 5 ans déjà, il ne peut s'empêcher de souligner l'ironie du sort : "je suis arrivée dans ce métier au moment où on a mis le statut en difficulté. On veut nous faire disparaître aujourd'hui. Il ne faut rien lâcher, la culture mérite qu'on se batte pour elle", s'emporte-t-il.
Pour eux, le seul moyen d'obtenir une subvention est de proposer le spectacle comme un projet pédagogique. "Les subventions pour lesquelles on peut candidater sont normalement destinées aux travailleurs sociaux. La culture, elle, se désengage de plus en plus", précise Cléa. Et Mohamed de conclure : "ce n'est pas inintéressant. J'aime cette optique de sensibilisation, de découverte. Le texte a une dimension sociale, il résonne. Mais ça ne peut, ça ne doit pas être seulement ça. Nous sommes avant tout des artistes". Une chose est certaine : il serait indécent de manquer ces Déplacés, à Avignon jusqu'au 31 juillet.
Daphnée BREYTENBACH, Avignon











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