Critique - Spectacle musical - Avignon Off
Poupée, anale nationale
Cabaret rock décalé sur les pulsions de mort…
Par Henri LÉPINE
« Poupée », la femme du chef d’un parti politique de la droite extrême, exprime dans son intimité des propos incongrus… Sa hantise principale est le désordre, la saleté, tout ce qu’elle désigne sous le terme de parasites… qu’ils se trouvent dans son appartement ou dans un environnement beaucoup plus vaste comme, par exemple, le pays tout entier. « Quand j’ai des cafards dans ma cuisine, est-ce que je leur demande gentiment de bien vouloir s’en aller ? J’extermine, point barre. Ecrabouillés, empoisonnés, anéantis. Je ne veux plus en entendre parler (…) La Nation, je la veux propre comme ma cuisine ».
Parallèlement, « Poupée » est obsédée par les questions corporelles les plus intimes et opère sans cesse un amalgame entre un intégrisme hygiéniste total et un discours scatologique qui traduit une dichotomie totale entre sa vie organique et l’univers totalement aseptisé qu’elle appelle de ses vœux… Au nom de son anti parasitisme, elle refuse l’enfant que son mari a voulu lui faire et s’avorte elle-même dans son boudoir… Egarée la nuit dans les bois, elle manifeste sa phobie de tout ce qui s’agite et remue autour d’elle, en se disant que dès que possible elle fera bétonner tout çà !...
On reconnait dans ce discours la démarche parano qui peut être générée par les pulsions élémentaires de mort présentes en chaque être humain et leurs conséquences : la peur d’autrui, la phobie des différences… On se souvient, au passage, des généraux franquistes criant « Viva la Muerte ! »… tandis que les nazis, pour bien la marquer, cette différence, comparaient les juifs à des rats… Bref, ce sont là les racines mêmes du discours fasciste ou nazi… ou tout au moins, du discours sécuritaire que l’on a que trop tendance à nous servir depuis quelques temps, même dans nos démocraties, sous forme de langue de bois.
La mise en scène de Lionel Parlier, les costumes de Cathy Roulle, une marionnette de Delphine Bardot, double inerte de Poupée, viennent colorer vivement un spectacle magnifiquement dominé par la musique de Denis Jarosinski et, surtout, l’interprétation formidable de Heidi Brouzeng.
Henri LÉPINE, Avignon









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