Dans une localité un peu paumée de l'Allemagne d'après-guerre, l'arrivée de Jorgos, un jeune travailleur immigré grec, vient troubler la tranquillité d'une population grégaire qui assiste passivement au passage du train du changement.
Le pauvre bougre, "le bouc" comme on le surnomme, ne fait rien de mal mais son origine semble être un mal en soi. En effet, la présence de cet étranger alimente toutes sortes de rumeurs, suscite toutes sortes d'angoisses et de passions.
Rapidement, le souffle délétère de la xénophobie fait de cet "animal" la cause maudite de toutes les souffrances, réelles ou fantasmées, qui s'abattent sur la ville et ses habitants. Sa présence dérange certains individus. Et chacun de trouver sa raison, son motif pour crier haut et fort son désir de voir enfin la bête clouée au pilori...
Fond d'écran
Selon Guillaume Vincent:«aborder le théâtre de Fassbinder aujourd’hui ce n’est pas tant se poser la question de sa modernité que d’essayer de comprendre en quoi son théâtre est le témoin unique d’une époque révolue». Cela signifie-t-il que le spectateur doive replacer l'oeuvre dans son contexte pour en saisir la quintessence ? La chose paraît difficile et selon nous, les raisons d'un si bon accueil public sont à rechercher dans la forme plus que dans le fond.
En effet, la mise en scène est des plus efficaces. Sans faute pourrait-on presque dire. La scénographie est particulièrement soignée. Derrière un voile diaphane, le décor se compose simplement d'un canapé et d'une paroi percée d'une très large fenêtre. Les scènes courtes s'enchaînent comme des plans-séquences. Les dialogues, hachés et précis, baignent dans un éclairage digne des brillants directeurs de la photographie que s'arrachent au cinéma les plus grands réalisateurs. Des clairs-obscurs amenés par une lumière précise, léchée, ainsi que le subtil alliage de fumée et de pénombre concourrent à créer une atmosphère éthérée, comme irréelle.
Chaque comédien joue impeccablement. L'interprétation est parfaitement lisse. Un peu trop finalement. L'absence d'aspérité fait de cette pièce un spectacle auquel on assiste avec une certaine retenue. Des tableaux trop propres que n'entâche aucune prise de risque. Comme si, au fond, tout se passait sur un grand écran.
En somme, le Collectif de la Comédie de Reims nous propose une pièce d'une remarquable facture gardant toutefois l'aspect d'un travail d'atelier trop travaillé, une copie trop soignée. Mais peut-on réellement en faire un reproche ?
Idrissa SIBAILLY, Avignon









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