Le schizophrène ne souffre pas d'un dédoublement de la personnalité. Mais il est malade. Il est fou, mais souvent conscient de sa folie. Il entend des voix, se rend dangereux à lui-même, mais se montre coupable des souffrances qu'il fait endurer. La position du metteur en scène est claire : il cherche, par le théâtre, à faire parler ces fous, puisque si peu de gens les écoute.
Maxence, Antoine, Soizic et Ketty ont été voir plus loin, plus loin que le chemin, plus loin que la compréhension. Depuis qu'ils ont franchi la frontière, leurs visions, leurs fantômes, magnifiques ou terribles, ne les laissent pas en paix. Cloisonnés dans leur propre esprit ou entre les murs d'un hôpital, les relations humaines sont difficiles.
Maxence entend Dieu et s'enveloppe de film plastique de peur que son corps ne s'écartèle; Antoine se sent harcelé par la télévision et dialogue avec les hommes politiques; Soizic détruit des murs pour faire taire la voix de sa mère; Ketty entretient des conversations étranges avec son reflet.
Ces personnages, bien que d'un réalisme troublant, d'une constitution psychologique éclatée mais sans incohérence pour le sepctateur, sont des re-créations de l'auteur. Ils sont nés d'un carnet de notes d'une psychologue, de rencontres avec des malades et des proches, du génie artistique qui rend à ces voix tout leur potentiel poétique.
La lente montée
Le spectacle démarre en douceur. Parfois, un petit rire traverse le public, mais il est directement balayé. Les quatre "Types" présentent leurs folies, la création sonore vient renforcer un climat d'enfermement et de brouhaha intérieur continu. Musique, sons électriques, interviews réels, néons d'hôpital, chaises et médicaments. Le rythme s'accélère, le public se questionne, refuse d'entrer dans le jeu, joue l'ignorance pour échapper à ce qu'il voit et entend.
Entre les quatre personnages, une forme d'amitié s'est installée. Mais avant tout, une grande solitude, un manque d'amour. Le propos est dangereux, mais Jean-Christophe, sans vouloir évoquer ou rechercher la cause de la sortie du chemin, prend le parti de la dénonciation politique: "On juge du degré de civilisation d'une société à la manière dont elle traite ses fous" (Lucien Bonnafé, psychiatre).
Si la pièce ne propose pas de solution miracle contre l'endormissement de la souffrance mentale par des médicaments destructeurs, au moins a-t-elle le don d'engager le débat, après le silence ému et perturbé de la sortie de salle.
La dernière scène est un sommet de poésie, de violence contenue et d'émotion si humaine qu'elle transperce les portes du théâtres et des coeurs. Le spectateur est embarqué dans la folie de la réalité théâtrale. Mais il a envie de retrouver le "droit" chemin. Car si toutes les émotions sont bonnes à dire, pour certains, elles ne sont pas bonnes à vivre.
Julie LEMAIRE, Avignon













